L’horaire allégé, le nouveau défi des gestionnaires

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11 novembre 2022

Directrice – Services et projets ressources humaines au Conseil du patronat du Québec.

La transformation du monde du travail s’accélère. Après la normalisation du télétravail, la tendance est maintenant à l’horaire allégé sur un marché de l’emploi en crise.

L’horaire allégé est un horaire réduit à 4 jours par semaine pour un total de 30 ou 32 heures. La réduction des heures de travail se généralise depuis quelques décennies et gagne en popularité, surtout dans les entreprises avant-gardistes dans leur façon de gérer des ressources humaines.

Pour comprendre les implications d’un horaire allégé sur la productivité d’une entreprise, la conciliation travail-vie personnelle et le bien-être au travail, nous avons discuté avec Manon Pelletier, CRHA, directrice, services et projets ressources humaines au Conseil du patronat du Québec.

« Au cours des trois dernières années, précise madame Pelletier, certains employeurs se sont retrouvés devant un précipice même si la pénurie de main-d’œuvre se dessine depuis des années. Alors le temps est venu d’examiner nos façons de faire, de changer notre modèle. La gestion du changement est devenue une obligation, d’autant plus que cela fait 100 ans que nous vivons les horaires de travail tels que nous les connaissons. »

L’heure est à la gestion du changement

Le défi pour les entreprises, c’est d’agir avant d’être confrontés à un événement majeur qui les forcera à introduire des changements. La pandémie en est un exemple. La démographie aussi entraîne des changements.

« La pénurie de main-d’œuvre fait en sorte que les employés ont le choix. Les nouveaux talents, les nouvelles générations ne perçoivent pas la relation au travail comme les générations antérieures. Ce sont eux qui font des demandes et qui veulent plus de latitude, d’autonomie et, surtout, plus d’équilibre. »

Et la productivité, alors?

Cela peut paraître contradictoire, mais beaucoup d’études démontrent que lorsque les entreprises instaurent la semaine de 4 jours, on observe une augmentation de la productivité chez les employés, et ce, de 35 à 40 %!

« Pensons aux fins de journée ou aux vendredis après-midi, ce n’est pas vrai qu’un être humain demeure toujours productif de la même manière, à la même cadence pendant 40 heures par semaine. Les humains ne sont pas des machines », rappelle Manon Pelletier.

L’horaire allégé pour attirer et retenir les talents

Pour la spécialiste en ressources humaines, l’entreprise qui décide de diminuer l’horaire de travail à 4 jours par semaine pour répondre à ses besoins d’affaires et aux besoins de ses employés fournit par la même occasion une reconnaissance à ces derniers et leur permet un meilleur équilibre de vie, ce qui diminue le stress et joue sur la motivation et la rétention de ses ressources.

Qui plus est, une telle décision permettrait à une entreprise de se classer parmi les employeurs de choix et d’être ainsi plus attrayante sur le marché de l’emploi, tant auprès des jeunes que des personnes en préretraite.

« Sur le marché du travail, la réduction des heures offre des possibilités, puisqu’elle concorde avec les besoins des employés d’aujourd’hui. C’est une preuve de flexibilité et d’ouverture. »

Comment gérer un horaire réduit?

Cela demande de la flexibilité, prévient d’emblée Manon Pelletier. Il n’y a pas de recette gagnante pour une entreprise; et si l’idée est de faire comme son compétiteur, ce n’est pas réaliste.

La meilleure solution, c’est celle qui sera instaurée au sein de votre entreprise et qui répondra aux besoins de votre organisation à l’interne.

« Une entreprise peut offrir l’horaire de 4 jours par semaine ou encore proposer une banque d’heures. Une autre entreprise peut privilégier des horaires compressés ou encore des horaires personnalisés. »

Tout changement entraîne de la résistance. La solution est d’aller vers les employés, de leur parler ouvertement des changements qu’on souhaite intégrer et d’être à l’écoute de leur réaction.

Vers une transformation historique du monde du travail

La semaine de travail de 40 heures existe depuis le début des années 1900. C’est le constructeur automobile Ford qui l’a introduite dès qu’il a réalisé que son modèle d’affaires ne survivrait pas si ses employés continuaient à travailler 80 heures par semaine, rappelle Manon Pelletier.

« La vision de Ford était de généraliser la vente de voitures et de les rendre accessibles à monsieur et madame Tout-le-Monde, en l’occurrence à ses employés. Mais le fait de travailler autant ne laissait à la population ni la possibilité de posséder une voiture ni le temps pour en profiter. »

Ford s’est ajusté en réduisant les horaires de travail à 40 heures, incluant des quarts de soir et de nuit; monsieur et madame Tout-le-Monde avaient maintenant les soirées et les fins de semaine libres pour se promener en voiture.

« Pour Ford, l’idée n’était pas de donner une qualité de vie à ses employés, mais de sécuriser son modèle d’affaires; ce faisant, il a pu diminuer son taux de roulement et augmenter sa productivité. Aujourd’hui, dans le contexte d’une pénurie de main-d’œuvre, on peut comprendre l’importance de rester à l’affût des autres modes d’organisation du travail en regard de la rapidité des changements sociaux qui s’opèrent. »

La clé du changement, conclut madame Pelletier, c’est la flexibilité, la réflexion, une prise de recul. Mais en fin de compte, quand on fait bien les choses, c’est gagnant-gagnant.

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