Comment retenir les travailleurs expérimentés?

Une des solutions à la pénurie de main-d’œuvre consiste à encourager le prolongement de la vie active chez les travailleurs à l’aube de la retraite, ce qui comporte plusieurs avantages pour l’économie en général (disponibilité de travailleurs, maintien de l’expertise, transfert des connaissances) et pour les personnes concernées.

« Les travailleurs expérimentés, ceux qui ont entre 60 et 69 ans, sont des gens très compétents qui ont beaucoup d’énergie et de connaissances, mais ils quittent le marché du travail, explique Denis Hamel, vice-président, Politique de développement de la main-d’œuvre au Conseil du patronat du Québec (CPQ). À partir de 60 ans, c’est à peu près 50 % des gens qui demeurent sur le marché du travail. Et à 65 ans, cette proportion tombe à 20 % alors qu’en Ontario, c’est 30 % des travailleurs qui ont l’âge de la retraite qui demeurent actifs. »

De telles statistiques reflètent l’importance de l’enjeu : « Si on rattrapait l’Ontario en matière de pourcentage du taux d’activité, ça représenterait 77 000 personnes de plus sur le marché du travail. C’est beaucoup si on considère qu’au Québec il y a 253 000 postes vacants. »

« On ne parle pas de mettre tous les retraités au travail. On vise seulement à rattraper le taux de l’Ontario et à augmenter de quelques points le pourcentage de travailleurs expérimentés qui demeurent actifs. Ça aurait un effet considérable! On ne parle pas d’immigration ni de scolarisation ou autres; ces travailleurs sont ici et ils sont peut-être désireux de rester sur le marché du travail plus longtemps. C’est encore jeune 65 ans relativement à une espérance de vie de 84 ans. »

Quelles sont les raisons pour lesquelles les Québécois sont plus nombreux que les Ontariens à prendre leur retraite passé le cap des 60 ans? Selon M. Hamel, il existe plusieurs facteurs qui expliquent cette réalité :

  • Au Québec, il y a plus de travailleurs dans le secteur public qu’en Ontario. Ces personnes ont de bonnes conditions de retraite grâce à des fonds de pension à prestations déterminées. Même s’ils décident de travailler plus longtemps, cela n’augmentera pas leur pension.
  • Le taux de syndicalisation est plus élevé au Québec que dans le reste du Canada et dans les entreprises syndiquées, les travailleurs ont souvent des conventions collectives assorties de fonds de pension solides et plus rigides quant à la possibilité d’une retraite progressive.
  • Finalement, au Québec, nous sommes différents; notre côté latin et notre joie de vivre font en sorte que nous avons hâte de prendre notre retraite.

« Le fait que les Québécois envisagent leur retraite avec bonheur plutôt qu’avec appréhension risque en effet d’être un obstacle plus difficile à surmonter. Des changements de mentalités, ça prend du temps. C’est pourquoi le CPQ travaillera avec les employeurs pour maintenir ces personnes expérimentées sur le marché du travail. Séduction 60-69 ans est un nouveau projet d’accompagnement des employeurs pour l’attraction et la rétention des travailleurs expérimentés. Ce projet se concentre essentiellement sur les pratiques porteuses et efficaces pour la main-d’œuvre âgée de 60 à 69 ans. »

Dans un premier temps, le CPQ fera appel à 30 entreprises qui ont mis en œuvre des initiatives originales et réussies pour atteindre cette clientèle. Les meilleures pratiques en entreprise seront répertoriées et feront l’objet d’un projet pilote par la suite. Un coffre à outils et un service d’accompagnement personnalisé seront ensuite offerts à tous les employeurs.

« Nous souhaitons être convaincants auprès des employeurs pour qu’ils soient ouverts à retenir leurs travailleurs de 60 ans et plus. Par exemple, en période de forte inflation, certains travailleurs envisagent peut-être de retarder leur retraite et de rester sur le marché du travail, mais pas à n’importe quelles conditions. Et c’est ce qu’on veut comprendre : quelles sont les conditions gagnantes pour garder les travailleurs expérimentés sur le marché du travail? À 65 ans, les gens ne voudront pas travailler 40 heures par semaine avec deux semaines de vacances. Il faut donc leur offrir de bonnes conditions et trouver des incitatifs qui, devant l’inflation, pourraient leur donner envie de rester en poste un peu plus longtemps. »

Outre le salaire, des incitatifs peuvent être proposés aux travailleurs âgés de 60-69 ans, tels que :

  • le travail à temps partiel;
  • des vacances plus longues;
  • des mandats limités dans le temps.

« De plus, les travailleurs expérimentés peuvent faire d’excellents mentors, d’excellents coachs. Ils peuvent participer à la formation des employés plus jeunes. Il faut donc réfléchir aux conditions de travail et au type de travail qu’on peut offrir aux gens de 60 ans et plus. Notre recherche nous permettra de voir si d’autres aspects devraient être pris en compte. On comprend, par exemple, que le travail, après 60 ans, a une fonction sociale; il aide à briser l’isolement. Donc les gens qui ont pris leur retraite et qui s’ennuient n’auront aucun intérêt pour le télétravail. D’autres souhaitent demeurer actifs pour bénéficier d’une assurance collective. Nous souhaitons documenter ces facteurs afin de concevoir un coffre à outils destiné à aider les employeurs dans la rétention des travailleurs expérimentés », conclut Denis Hamel.

Ne manquez pas le panel de discussion à ce sujet le mercredi 7 septembre lors du Colloque Re:travail. Inscrivez-vous ici.

Commentaires

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Thu-Ha Tô
Excellente analyse des gens de 60-69 ans ? Merci beaucoup! Ce serait bon de faire une étude sur les 60-80 ans qui désirent retourner au marché du travail pour résoudre le problème du manque de main d'œuvre.
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Ressources humaines

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