Santé mentale : quelles obligations pour l’employeur?

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18 avril 2022

Psychologue depuis 2004, Stéphane Protat a cofondé il y a 12 ans RéseauPsy, la première clinique virtuelle de psychologues à Montréal, dont la mission est d’aider les professionnels de la santé mentale à construire et à développer leur carrière et la population et d’autres institutions à trouver la bonne ressource.

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Hugo Lambert accompagne les personnes qui tentent de relever des défis personnels, familiaux et professionnels. Hugo se spécialise dans tout ce qui a trait à la santé mentale en entreprise (accompagnement des gestionnaires, formations et sensibilisation des milieux).

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Une équipe de recherche de l’Université Laval a publié en mars 2022 les résultats d’une étude pancanadienne sur l’état de la santé mentale des travailleurs dans les PME. Les résultats sont préoccupants, alors qu’« environ 55 % des travailleuses et travailleurs de petites et moyennes entreprises (PME) canadiennes vivraient avec au moins une difficulté de santé mentale ». En tant qu’employeur ou gestionnaire d’une PME, quelles sont vos responsabilités en ce qui concerne la santé mentale de votre personnel? Voici un survol de la question avec Stéphane Protat, psychologue (M.Ps.) et président et co-fondateur de RéseauPsy et Hugo Lambert, psychologue et collaborateur dans le développement de la branche organisationnelle de RéseauPsy.

Les responsabilités de l’employeur

Sur le plan légal, même si la Loi sur la santé et la sécurité du travail ne contient pas les mots « santé mentale », elle réfère partout au respect et à la protection de « l’intégrité physique et psychique des travailleurs ». Hugo Lambert rappelle d’ailleurs que dans les dernières années, des décisions en cour ont amené des modifications à la loi, obligeant les employeurs à assurer une bonne santé mentale à leurs employés – au même titre qu’une bonne santé physique – notamment grâce à une organisation adéquate et à des méthodes de travail sécuritaires.

« Il y a des facteurs légaux qui disent à l’employeur ‘’Maintenant, équipez-vous d’un comité de santé et sécurité au travail, et soyez à l’affût de l’état de santé mentale de [vos équipes]’’ », note Hugo Lambert.

Quelques recommandations

Stéphane Protat explique qu’en matière de santé mentale, le rôle de l’employeur n’est « pas de se substituer à un intervenant, à un psychologue ou à un travailleur social », mais bien « d’être une courroie de transmission ». Une tâche qui peut être accomplie de façon tout à fait adéquate et efficace, moyennant quelques conditions.

Une première étape essentielle : une réponse empathique

« Il y a une responsabilité liée à l’attitude qu’on a envers nos employé(e)s, nos collègues, etc. », affirme d’abord Hugo Lambert, qui donne l’exemple d’un employé qui signalerait à son gestionnaire un problème de santé mentale et qui se ferait répondre un « gère-toi » ou « va trouver telle ressource », comparativement au même employé qui verrait comme réaction un effort d’écoute, la reconnaissance de son état et une offre d’accompagnement bienveillant. Soit « ce qu’on appelle l’empathie », ajoute Stéphane Protat, en soulignant la justesse des propos de son collègue.

Pour Hugo Lambert, c’est une compétence primordiale à développer, car, selon son expérience, les relations humaines comptent pour beaucoup dans les organisations : « Je le vois, dans les entreprises qui sont emphatiques et bienveillantes, à quel point les gens sont en santé. »

Le sentiment de compétence

Cultiver le sentiment de compétence chez les membres du personnel peut contribuer à leur bonne santé mentale.

L’être humain, qui se construit notamment à travers le regard des autres, puise sa motivation et son engagement dans le sentiment de compétence qu’il ressent lorsqu’il voit l’utilité de son travail et lorsqu’on le valorise grâce à ce dernier. « Si ces deux éléments sont absents, on va voir beaucoup de gens en détresse psychologique, et on va perdre nos employé(e)s », indique Hugo Lambert.

L’environnement de travail

Attention également à l’inclusion de l’environnement de travail dans les éléments à examiner dans le cas où un employé est en détresse psychologique et vit des problèmes de santé mentale.

De nouveau, il ne suffit pas de l’envoyer consulter et de se laver les mains de la situation. Hugo Lambert préconise – et utilise lui-même – une approche concertée qui englobe l’ensemble des activités de la personne :

« On travaille avec l’individu et le milieu de travail parce qu’il va revenir dans ce milieu de travail, et si les approches inadéquates et les éléments de déstabilisation sont encore présents, l’individu va retomber automatiquement. Il faut traiter ça vraiment de façon systémique, en suscitant l’ouverture des gestionnaires, des milieux de travail, en les sensibilisant à la santé mentale, en leur expliquant comment on est fait, nous, les êtres humains, comment on travaille, comment on gère nos émotions, etc. ».

Les consultants en santé mentale

Enfin, les psychologues ne sauraient trop recommander de ne pas hésiter à recourir à leurs services. La santé mentale est un sujet délicat, et qui de mieux que des spécialistes pour élaborer des plans de prévention et offrir de l’aide au dépistage. « Ne restez pas seul quand vous êtes dépourvu face à des gens qui souffrent. Allez chercher l’aide de gens spécialisés, car ça peut être complexe. »

Ressources

Le regroupement de psychologues RéseauPsy offrira prochainement des ressources adaptées avec différents paliers d’interventions (formations, interventions de groupe et individuelles).

Hugo Lambert propose les guides sur les compétences personnelles de Boostalab, qu’il a en partie coécrit. En lien avec la santé mentale, on trouve par exemple les guides suivants :

  • Aider un collègue qui vit de l’anxiété
  • Six pratiques gagnantes pour favoriser la santé psychologique de son équipe

Relief est un organisme de soutien pour les personnes vivant avec l’anxiété, la dépression ou la bipolarité, ainsi que leurs proches. Leur site web offre une section dédiée aux entreprises, Relief affaires.

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